Alexandre Djouhri, la chute d’un intermédiaire de la sarkozie  

 Alexandre Djouhri, la chute d’un intermédiaire de la sarkozie  
Alexandre Djouhri, la chute d'un intermédiaire de la sarkozie  
Alexandre Djouhri, en septembre 2011. (NO CREDIT)

Arrêté à Londres dimanche soir, Alexandre Djouhri attend son extradition pour être entendu par la justice française dans le cadre du dossier libyen.

Par Violette Lazard et Caroline Michel

Dans la capitale anglaise, Alexandre Djouhri se croyait en sécurité. Bien loin des ennuis judiciaires que les socialistes – ou plutôt les “socialos pourris jusqu’à la moëlle” comme les appelle ce proche de la droite, mis sur écoute pendant de longs mois – tenteraient, selon lui, de lui coller sur le dos.

C’est donc à Londres que l’homme d’affaires de 58 ans, intermédiaire des réseaux de la droite depuis Chirac jusqu’à Sarkozy, s’était installé pour ne pas avoir à rendre de comptes à la justice française. En septembre 2016, il ne s’était tout simplement pas rendu à une convocation dans le cadre des investigations menées dans l’affaire présumée du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Depuis, il ne se rendait plus en France que très occasionnellement. Et discrètement.

Interpellé à l’aéroport

Alors qu’il s’apprêtait à quitter la Grande-Bretagne dimanche soir, Alexandre Djouhri a pourtant été interpellé à l’aéroport d’Heathrow comme “l’Obs” l’a révélé lundi. “Monsieur Alexandre” ne le savait pas : il venait d’être visé par un mandat d’arrêt européen émis par les juges d’instruction du pôle financier de Paris qui soupçonnent cet intermédiaire mystérieux d’avoir fait le lien entre le candidat Sarkozy et le régime de Mouammar Kadhafi pour aider le premier à financer sa course à la présidentielle.

Placé en détention provisoire, Alexandre Djouhri doit comparaître devant le tribunal de Westminster mercredi 10 janvier afin de fixer une date d’audience d’extradition. Celle-ci pourrait intervenir mi-février, selon la police londonienne qui a précisé que l’homme était recherché notamment pour des infractions de fraude et de blanchiment. Entre ces deux rendez-vous judiciaires, Ahmed Djouhri – de son vrai nom –, peut être remis en liberté sous caution ou placé en détention. La chute pour ce proche de Dominique de Villepin et de Claude Guéant, ami des chefs d’Etats africains et habitué à tutoyer les puissants.

Versements occultes ?

L’interpellation d’Alexandre Djouhri intervient cinq ans après l’ouverture de l’enquête dite “libyenne.” Les juges d’instruction du pôle financier de Paris en charge de ce dossier cherchent à savoir si la campagne de 2007 a été financée illégalement par le régime de Kadhafi, comme l’avait laissé entendre ce dernier avant sa mort, et comme l’avait également dénoncé son fils, Saïf al-Islam. Les investigations menées n’ont pas permis pour le moment de l’établir avec certitude. Elles soulèvent surtout beaucoup de questions : de nombreux permanents de la campagne ont par exemple été rémunérés en liquide.

D’où venait cet argent ? Mystère. Alexandre Djouhri, lui, est au cœur d’une transaction immobilière qui selon les juges pourrait dissimuler des versements occultes. En 2009, une villa située à Mougins (Alpes-Maritimes) avait été vendue pour environ 10 millions d’euros à un fonds d’investissement libyen géré par Bechir Saleh, l’ancien grand argentier du régime de Kadhafi. Un prix d’achat qui serait supérieur à la valeur réelle du bien. Les enquêteurs soupçonnent donc Alexandre Djouhri d’être le véritable propriétaire de la maison, caché derrière une myriade de sociétés anonymes ou gérées par des proches. Et ils soupçonnent l’acheteur de s’être servi de cette opération factice pour verser de l’argent à un proche de Nicolas Sarkozy.

Une villa au cœur des auditions

Une fois “Monsieur Alexandre” extradé en France, les questions autour de la vente de cette villa devraient être au cœur de ses auditions. Bechir Saleh, lui, n’a pas pu satisfaire la curiosité de la justice française. Exfiltré de France par Alexandre Djouhri aidé de son ami Bernard Squarcini, ex-patron des services de renseignements intérieurs francais  – on est alors en mai 2012, Mediapart vient de révéler un potentiel financement libyen de la campagne de Sarkozy – Bechir Saleh vit maintenant en Afrique du Sud. Interrogé par des journalistes du “Monde” en septembre dernier, ce dernier s’est défendu de tout versement occulte…

“Pour moi, c’était un investissement comme un autre. Je mettais de l’argent du LAIP (le fonds d’investissement libyen) dans les banques, et j’étais disposé à investir dans de bonnes affaires.”De quel pouvoir disposait encore Alexandre Djouhri à la veille de son interpellation ? L’un de ses proches amis, Maurice Gourdault-Montagne est revenu aux affaires sous Macron : il est désormais secrétaire général du Quai d’Orsay, et figure au conseil d’administration d’EDF. Récemment, Djouhri a été vu à Moscou accompagné de Dominique de Villepin. Mais aussi en Afrique du sud, en Algérie, à Djibouti, à Londres, à Moscou et même à Istanbul.

Son nom était réapparu dans l’actualité le 6 décembre dernier à l’occasion de la visite en Algérie d’Emmanuel Macron : il avait reçu un carton d’invitation pour une soirée donnée à la résidence de France à Alger en l’honneur du président français. Au même moment, un mandat d’arrêt européen était émis à son encontre.

L’avocat d’Alexandre Djouhri, Me Pierre Cornut-Gentille, n’a pas donné suite à nos appels.

Violette Lazard et Caroline Michel

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