Carlos Ghosn : l’arrestation du patron de Renault au Japon menace l’empire automobile (JDD)

Carlos Ghosn : l’arrestation du patron de Renault au Japon menace l’empire automobile (JDD)

Le Français Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d’industrie au monde, a été arrêté à Tokyo selon les médias, accusé de malversations par la justice après une enquête interne de Nissan, qui veut le démettre de son poste au plus vite.

C’est un coup de tonnerre dans le monde de l’automobile : Carlos Ghosn, le patron français de l’alliance Renault-Nissan, a été arrêté à Tokyo, la justice japonaise le soupçonnant de malversations, selon la chaîne d’informations NHK. Selon le quotidien japonais Asahi Shimbun, qui a révélé l’affaire, le dirigeant du premier constructeur automobile du monde a dissimulé des revenus au fisc. C’est le service de communication de Nissan qui a lui-même confirmé l’information en citant “les résultats d’une enquête interne” menée sur la base du rapport d’un lancer d’alerte : Carlos Ghosn, 64 ans, “a pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel”.

“En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles”, ajoute le groupe Nissan qui va proposer au conseil d’administration de le “démettre de son poste rapidement”. Un autre responsable de Nissan, l’Américain Greg Kelly, est également mis en cause, précise Nissan. Plusieurs perquisitions ont été opérées lundi soir, tandis que Carlos Ghosn devrait être auditionné dans les prochaines heures par le parquet de Tokyo.

En tant que PDG de Nissan, Carlos Ghosn avait touché pour la période d’avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d’euros au cours de l’époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d’euros par an au titre de PDG de Renault, qu’il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent défrayé la chronique.

Un patron omniprésent à la tête de plusieurs constructeurs

Carlos Ghosn est l’un des plus grands patrons du monde automobile, un Libano-Brésilien qui avait acquis la nationalité française pour pouvoir devenir directeur général adjoint de Renault en 1996 après avoir étudié en France et travaillé de nombreuses années pour Michelin. En l’espace de quatre ans, il avait remonté le chiffre d’affaires du groupe français puis proposé une alliance inédite avec Nissan, groupe japonais alors en pleine débâcle.

En dix ans, celui qui est surnommé le “cost-killer” (“tueur de coûts”) par ses concurrents a réformé en profondeur plusieurs marques automobiles et, misant sur la voiture électrique à bas prix, a propulsé l’alliance Renault-Nissan au quatrième rang mondial en 2014. Après l’affaire du “Dieselgate” qui a frappé Volkswagen, les difficultés financières de General Motors et les problèmes techniques rencontrés par Toyota – forcé de rappeler, en 2016, près de 3,4 millions de véhicules -, Renault-Nissan est devenu le numéro 1 mondial début 2018, avec 10,6 millions de véhicules vendues l’an dernier.

Patron omniprésent, Carlos Ghosn dirigeait, en 2016, pas moins de quatre groupes automobiles (Renault, Nissan, Mitsubishi Motors et AvtoVAZ, le constructeur russe notamment propriétaire de Lada). Le patron était le point commun de cet ensemble complexe, dans lequel chaque groupe détient une partie des actions d’un autre. Du fait de son âge, il avait déjà pris du champ en quittant le poste de PDG de Nissan en avril 2017 – tout en restant à la tête du conseil d’administration – et en cédant sa place à la tête d’AvtoVAZ.

Emmanuel Macron “extrêmement vigilant”

Mais il est toujours le co-PDG de Mitsubishi Motors et surtout l’unique patron de Renault, poste qu’il souhaitait occuper jusqu’à la fin de son mandat, en 2022. L’Etat français détient 15,1% du groupe Renault et une minorité de blocage en tant que premier actionnaire. Il pourrait donc imposer la démission de Carlos Ghosn. Si Bercy n’a pas encore réagi, Emmanuel Macron, interrogé lundi midi lors d’une conférence de presse à Bruxelles avec le Premier ministre belge Charles Michel, a indiqué que “l’Etat sera extrêmement vigilant à la stabilité de l’alliance et du groupe”.

L’arrestation de Carlos Ghosn a déjà ébranlé les bourses. A Paris, entre 11 et 13 heures, l’action de Renault a perdu 13% de sa valeur, tandis que celle de Nissan a plongé de 12% à Tokyo. La démission du patron permettrait d’enrayer la crise, alors que le groupe Renault emploie 47.711 salariés en France – hors sous-traitants. Si le conseil d’administration a fixé à jeudi sa réunion d’urgence, celui de Renault a seulement indiqué, lundi après-midi, qu’il se “réunira au plus vite”.

Pour Carlos Ghosn, cette affaire ternit une carrière sans tâche. Et signe peut-être la fin de sa carrière tout court. Dans son autobiographie (Citoyen du monde, 2013), il décrit les adieux pénibles de Lee Iacocca, le président de Chrysler forcé à la démission par son conseil d’administration. “Quand on rate sa sortie, c’est aussi triste que de ne pas réussir sa mission.” Interrogé en 2015 par Vanity Fair, Carlos Ghosn confiait qu’il lui faudrait “bien choisir son moment et partir au sommet”. Il est aujourd’hui pris dans la tourmente.

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