Corse Une élection qui va changer le visage de la Corse

Dimanche ,Une élection qui va changer le visage de la Corse

 

Les marins grévistes de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM) et de la Compagnie méridionale de navigation (CMN) ont reconduit jeudi leur mouvement, qui perturbe les liaisons entre la Corse et le continent depuis le début de la semaine.
/Photo d’archives/REUTERS

Le1er janvier prochain, la Corse perd ses départements et sera gérée par une collectivité unique. Une première en France Et dimanche, les Corses éliront les 63 conseillers de l’entité née de cette fusion
Dimanche, les Corses (quelque 244 000 inscrits) vont emprunter le chemin des urnes d’un scrutin inédit en France puisqu’il s’agira d’élire les 63 conseillers territoriaux (parmi lesquels 11 formeront le Conseil exécutif) de la Collectivité unique née de la fusion de la région et des deux conseils départementaux (Haute-Corse et Corse-du- Sud). Initiée sous l’ère de Valls, matérialisée par un amendement à la loi NOTRe et adoptée par le Parlement le 22 février dernier,ce bouleversement n’a pas fait l’objet d’un référendum. Cette mini-révolution institutionnelle sera consacrée le 2 janvier prochain, date de l’installation de la nouvelle collectivité. Cette entité va hériter de toutes les compétences exercées par les conseils départementaux, de leurs ressources (le budget cumulé sera de 1,2milliard) mais aussi de leurs dettes (900millions).Elle part en terre inconnue. Sur le plan budgétaire, sans un sursis de trois ans décidé en dernière minute par le gouvernement, elle aurait perdu 7 millions par an du seul fait de l’abolition des dispositifs départementaux de péréquation. Par ailleurs, comme pour toutes les autres régions, la dotation globale de décentralisation est transférée enpartie à la TVA, une recette dynamique qui augmente de 3% en moyenne par an. Mais pour la Corse, il a été décidéque l’enveloppe de continuité territoriale de service public (187millions) resterait forfaitaire, d’où un manque à gagner annuel de 5millions. Au niveau des équilibres politiques, la Corse perd en même temps que ses conseils départementaux tous ses élus de proximité, un sujet sensible dans un territoire enclavé. Le législateur a bien prévu une chambre des territoires, composée d’élus territoriaux, de maires et de représentants de sinter communalités, mais elle n’aura qu’une voix consultative. Enfin, sur le plan de l’organisation, la future majorité aura six mois pour gommer les différences significatives qui existent entre les trois collectivités(5400 fonctionnaires) en termes de temps de travail et de régimes indemnitaires et échafauder un organigramme en supprimant un poste de direction sur trois. Les enjeux politiques de la réforme ne sont pas moins importants. Tous les candidats susceptibles de remporter les élections sont favorables à une autonomie la plus audacieuse possible dans le cadre de la République. Mais pour être plus autonome, la Corse, dont 70%des recettes sont assurées par des subventions nationales et européennes, a besoin d’une aide accrue de l’État. Quelque soit le vainqueur le 10décembre, il réclamera un nouveau plan pour une remise à niveau de ses équipements (routes, barrages hydrauliques, transition écologique, revitalisation du rural, etc.), un transfert de la fiscalité ,et un pouvoir législatif pour adapter les lois aux spécificités de l’île. Pour cela, il faut inscrire le statut de la Corse dans la Constitution comme pour les territoires ultra marins. Sur lesujet, Emmanuel Macron s’est d it ouvert à la discussion. Déjà, si la réforme fait ses preuves en Corse, les autres régions voudront suivre son modèle. Jean-MarcRAFFAELLI

Les corses de Marseille suivent de près le scrutin.. ;
Les dizaines de milliers de Corses qui vivent sur le continent, et en particulier à Marseille, ne votent pas tous en Corse. Plusieurs lois de la République-notamment la loi Joxe de 1990-sont passées par là, afin qu’il n’y ait pas plus d’électeurs sur les listes électorales que d’habitants réels dans les villages. Il n’empêche, si les Corses ne peuvent plus voter aussi communément « au village », ils n’en gardent pas moins une attention très aiguisée sur les élections qui se déroulent sur l’île. Pour l’historienne et chercheuse Marie-François Attard-Maraninchi , « il y a toujours un lien très fort entre les Corses de Marseille et la Corse. Les Corses ont toujours été très attentifs aux élections. Cela était encore plus vrai à l’époque où les communications n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui .L’attachement se manifestait alors de manière très forte par le vote en Corse. Mais ce lien se maintient. Je ne peux pas dire ce que cela donnera pour ces prochaines élections, mais ce qui est certain, c’est que beaucoup de Corses ayant gardé une résidence en Corse, ils restent très intéressés par les élections sur l’île. »Si elle ne projette pas un avenir électoral de la Corse dans telle ou telle direction, en bonne historienne elle a en revanche acquis une certitude concernant le »lien collectif » entre les Corses et la Corse. « Ce lien ne s’est jamais rompu, constate-t-elle, et ce d’autant plus que beaucoup se font encore enterrer sur la terre natale. »
Les nationalistes favoris
L’enjeu est énorme. Ceux qui remporteront les élections au soir du second tour, le 10 décembre prochain, auront entre leurs mains une palette de compétences jamais égalée depuis la création de la collectivité territoriale de Corse(CTC). Arrivés aux deux perchoirs de la CTC en décembre2015, Gilles Simeoni, le président de l’exécutif (à la tête de ce que l’on appelle le « mini-gouvernement del’île ») et Jean-Guy Talamoni, le président de l’assemblée délibérante jouent, deux ans après leur victoire, quitte ou double. Soit ils sont réélus et peuvent prolonger le travail engagé. Soit ils perdent les rênes du pouvoir et ne sont vraisemblablement pas près de les retrouver. Différence notable, par rapport à2015, cette fois les deux tendances de la majorité territoriale nationaliste sortante -les modérés autonomistes de Gilles Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni- ont décidé de partir unis dès lepremier tour. C’est un pari qui peut payer, d’autant que durant les deux années de la mandature, les idées nationalistes ont infusé dans la société insulaire. Mais c’est aussi un pari risqué, dès lors que le débat, qui s’est focalisé depuis plusieurs mois sur les notions d’autonomie et d’indépendance, a été enflammé par le feuilleton de la Catalogne. Bien qu’ils soient donnés grands favoris de l’élection, les sortants n’ont pas forcément devant eux un boulevard aussi large que certains le disent. Pour deux raisons. La première, il faudra compter avec la présence de Paul-Félix Benedetti, le leader d’URinnovu, une tendance qui ne fait aucun secret de ses visées d’auto détermination, avec un référendum pour l’indépendance d’ici 2032. C’est la première fois que le mouvement a autant de chances de pouvoir passer la barredes5%,permettant de fusionner, voire des 7% permettant de se maintenir. Il représente un risque non négligeable pour le duo Simeoni-Talamoni avec lequel aucune entente n’a été possible au premier tour. Autre danger pour les sortants, le « front républicain »-constitué des deux listes de droite et de la liste majorité présidentielle -qui se dessine à l’horizon du second tour. Le 13 décembre2015, les nationalistes avaient réalisé un score de 35,34%. Il faudra faire aussi bien dans trois jours.