Coup de gueule de MOnti

 

Coup de gueule de Dominique Monti

 

    A toutes fins utiles ! A mes vieux amis, dont le cerveau est toujours jeune ! Vieillir, écrit Pivot et j’ajoute car nous avons le même âge , c’est chiant. J’aurais pu dire: comme Pivot, vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « je ne suis pas académicien » chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant, invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, »j’en rajoute pour la rythme » de projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà, entretempsj’ai vu dans le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils neme considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en me rappelant des souvenirs lointains Les cons ! Et du « cher Monsieur Monti » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus ! Un jour, dans le bus , c’était la première fois, une jeune fille   s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai   demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? — Je pensais, je nesais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. Parce que j’ai les cheveux blancs?Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, jeme suis levée… — Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous? Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… –Une question de quoi, alors ? Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre. Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto n° 23 en “la-majeur“ de Mozart, soit, du même, l’andante deson Concerto n° 21 en “ut-majeur“, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà. Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?… Non, ilne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont,tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge ?…Non,

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