coup de gueule de Monti Chronique de Michel Mattei

Coup de gueule de Monti

    Dilemme traditionnel pour tout mouvement social. Version 1 : nous avons obtenu une partie de ce que nous voulions, la lutte a payé, on arrête. Version 2 : nous avons obtenu une partie de ce nous voulions, la lutte a payé, on continue. Ainsi, le même syllogisme aboutit à deux conclusions opposées. Pour une raison simple : ce n’est pas la logique qui permet de trancher. C’est le rapport de force. A-t-il évolué ? Un peu. La droite classique, celle des partis, mais aussi une partie de celle qui a manifesté, fait défection. Eric Woerth : «On lève le camp.» Le Figaro : il faut «souhaiter» la fin du mouvement «la raison l’impose, l’intérêt national l’exige». Juppé : il faut saisir «la main tendue», etc. Ce à quoi fait écho la position de certains gilets jaunes «libres», plutôt orientés à droite, qui appellent à plier les gaules. Il faut rappeler que le mouvement comprend un certain nombre de commerçants et de petits entrepreneurs, guère pressés de voir le salaire de leurs employés faire soudain un bond en avant. Et que l’addition (une dizaine de milliards) sera payée par les contribuables ou bien financée par emprunt, ce qui déplaît dans les deux cas à la droite profonde. Les autres protestataires remarqueront que la hausse de la prime d’activité est seulement avancée (elle était prévue sur cinq ans), que les retraités n’ont pas obtenu la réindexation de leurs pensions, que la diminution de la taxe d’habitation reste programmée aux mêmes dates, etc. Ils peuvent juger qu’une poursuite du mouvement permettra de cocher d’autres cases (mais aussi que de nouvelles violences risquent de retourner l’opinion contre eux). Ils notent surtout qu’en dehors d’annonces générales et plus ou moins lointaines et d’une prime de fin d’année laissée à la discrétion des entreprises, les plus aisés échappent à toute contribution supplémentaire. Une nouvelle fois, la fiction d’un dépassement du clivage droite-gauche se dissipe. En épargnant les plus hauts revenus et en protégeant le patronat, le Président s’est adressé, pour faire court, à la droite du mouvement et aux conservateurs du pays. Emmanuel Macron leur a même fait un clin d’œil supplémentaire en évoquant la lutte contre le communautarisme et l’immigration (ce que le mouvement ne demandait pas).   Les socialistes, Hamon, Jadot, La France insoumise, continuent de pilonner le gouvernement sur le thème de la justice fiscale et sociale. La majorité elle-même, au cours d’une réunion qualifiée de «houleuse», s’est divisée selon la même ligne de démarcation. Quant à Marine Le Pen, très critique, elle appelle à de nouvelles baisses de taxes, à une nouvelle politique – la sienne – antimondialiste et anti-immigration, mais se garde de parler de hausses de salaires (la revalorisation du smic, d’ailleurs, n’est pas dans son programme). L’extrême droite reste à droite. Résultante ? Le mouvement continue, de toute évidence. Plusieurs appels à un «acte V» ont été lancés. La frange la plus dure, encouragée par les deux extrêmes du spectre politique, continue de rêver d’une démission du Président ou, à tout le moins, d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Appuyé sur la droite de l’opinion, le gouvernement résistera de toutes ses forces. Sa position s’est améliorée. Il n’est pas tiré d’affaire.

La chronique de Michel Matteï

 

Oophaga pumilio (Grenouille fraise), est un animal insectivore qui fait partie des batraciens. (Un mot, aussi, sur Pumilio Bribri une voisine d’espèce) Son nom provient de ce qu’elle a le corps rouge comme les fraises avec des points noirs. Une fantaisie du pâtissier céleste. Elle est toute petite. Mais elle est moins savoureuse  que ces fraises sauvages que nous cueillons sur les sentes ensoleillées de nos printemps ! Ses yeux sont proéminents et son museau est pointu. Ses doigts de pattes ont de petits disques qui lui permettent de grimper et d’adhérer à n’importe quelle surface même si elle est lisse. Mieux que des pneus neige ! L’animal vit en Amérique Centrale dans les forêts tropicales. Près de l’eau, bien sûr. C’est son droit. Il est actif le jour et comme nourriture, il se nourrit d’insectes. Le bestiau s’accouple mais uniquement pour se reproduire, à ce que l’on sait! Fécondée l’incubation de la femelle dure de 10 à 12 jours. Le bestiau ne pond qu’un ou deux œufs. Puis la femelle balade ses têtards accrochés à son dos vers le point d’eau propice à leur développement. En général elle les place dans le creux d’une plante dont la forme conserve l’eau en son centre. Une piscine à têtards de luxe. A têtards microbes ! Après les avoir déposés, la mère surveille leur développement et les nourrit d’oeufs non fécondés qu’elle pondra pour eux. Alimentation qui dure 3 semaines. En quelque sorte des têtards autophages ! Une vie qui commence bien !Mais notre fraise  est venimeuse. Le venin pénétrant dans le sang provoquera des convulsions et la mort. La grenouille des fraises a une durée de vie de 10 ans et plus. Le bestiau vit dans les forêts tropicales humides, voire dans les bosquets naturels de bananes et de cacao rarement dans les plantations. Je l’ai dit. Elle présente de nombreuses  allures (morphes) : la “pumilio bribri” étant la plus grosse. La forme usuelle, “pumilio blue jeans”, (des poètes ces scientifiques !) présente un corps rouge avec des taches noires et des pattes antérieures bleues ou noires. Les couleurs possibles des différents « morphes » varient du rouge au vert, en passant par le bleu, le violet et l’orangé. On le voit : une palette de couleurs digne du dripping d’un Jackson Pollock.Le mâle séduit sa partenaire en poussant des petites vocalises, la femelle choisissant le mâle au cri le plus puissant. Donc dès qu’un têtard montre sa binette, la mère se le colle sur son dos avec un mucus très adhésif. Elle hisse ainsi ses “bébés” vers des calices de broméliacées remplis d’eau. Les fameuses piscines dont je causais plus haut. Régulièrement, elle monte y pondre des oeufs infertiles dont ils se nourrissent. Elle garde une mémoire prodigieuse des calices où elle a déposé ses petits. En dispersant sa progéniture dans de multiples caches, la mère accroît ses chances d’en sauver une partie. Les plantes hôtes profitent aussi de cet élevage: “semi-carnivores”, elles se nourrissent des déjections et des cadavres d’insectes abandonnés par les têtards. Les jeunes commencent à chanter vers 3-4 mois et sont matures sexuellement vers 6-7 mois. Il n’y a plus d’enfants !!! Mon grand père qui, comme tous les grands pères était un sage, avait une expression pour désigner ces goinfreries : « Tout fa ventre ! » Ce qui se révèle vrai assez régulièrement…  Est-ce ainsi que les bêtes sont ?    J-L M.

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