coup de gueule de Monti dans l’echo

 

  Au mois de janvier 1882, Nietzsche rédige un fragment du Gai savoir intitulé «Pour la nouvelle année». Il commence par remarquer, avec ironie, qu’«aujourd’hui, chacun s’autorise à exprimer ses vœux et sa pensée la plus chère». L’habitude d’échanger des vœux au début de chaque nouvelle année ne remonte pas plus loin que le XIXe siècle. Ce qui est devenu pour nous un rituel est encore pour Nietzsche une bizarrerie historique qui mêle agnosticisme et superstition. Les vœux remplacent la prière adressée à Dieu, mais ils n’éliminent pas, pour autant, toute religiosité. Pour adresser des vœux, il ne faut plus croire ni dans le destin ni dans la Providence : janvier symbolise le mois du recommencement où les hommes espèrent soumettre l’ordre du monde à leurs désirs. Ils s’autorisent à dire ce qu’ils souhaitent pour eux-mêmes et pour les autres, comme si aucune puissance n’était en mesure de faire obstacle à leur volonté. Mais, à côté de cette croyance laïque, il demeure un fond magique dans les vœux qui sont censés se réaliser du seul fait qu’ils ont été proférés à une date précise. Nietzsche, donc, s’amuse à jouer la comédie moderne des vœux : «Je veux dire, moi aussi, ce que je me suis souhaité à moi-même et quelle pensée m’est venue à l’esprit la première cette année.» Puisque c’est l’époque des bonnes résolutions, même un philosophe, aussi ennemi des préceptes moraux que Nietzsche, peut se permettre d’énoncer un souhait. Mais c’est un vœu adressé à lui-même plutôt qu’aux autres, une exigence d’hygiène mentale, et non un commandement destiné à ses contemporains souhaits qui composent les voeux de fin d’année sont beaux, chaleureux, sympathiques, répétitifs depuis des siècles . Pas une fausse note, il faut dire qu’on y va de notre plus belle plume, on les dit, on les susurre depuis si longtemps, même le h Maire de Marseille  y va de son couplet du monsieur gentil, aimable, compréhensif.

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