Edmond Simeoni nous a quitté

C’est une page de l’histoire de la Corse qui se tourne.
L ’ h i s t o i r e a v e c un grand H. Hier, en début
d’après-midi, Edmond Simeoni, père du nationalisme corse et de
Gilles Simeoni, premier président nationaliste du Conseil
exécutif de Corse, s’est éteint à l’hôpital d’Ajaccio où il était admis
depuis quelques jours. Né à Corté le 6août1934, Edmond
Simeoni arrive à Marseille   en 1952 pour y poursuivre des
études de gastro-entérologie. Il y demeurera une quinzaine d’années.
Engagé très tôt dans ce qui deviendra le nationalisme corse,
il fonde en 1970 l’Action régionaliste corse (ARC) et occupera
avec une douzaine de ses militants, le 21août 1975, une cave
viticole d’Aleria (Haute-Corse) dans le but de dénoncer les
fraudes et passe-droits dont bénéficient,certains agriculteurs.
Deux gendarmes trouveront la mort dans l’assaut de la cave. Edmond
Simeoni est arrêté, endossetoute la responsabilité et est incarcéré.
Militant infatigable et humaniste convaincu, le docteur Simeoni sera élu à plusieurs reprises à l’Assemblée de Corse, s’opposera aux partisans de la
violence clandestine, créera l’association Corsica diaspora et
amis de la Corse, et présidera le comité de soutien à Yvan Colonna.
Homme aux engagements parfois paradoxaux, reflets d’une histoire insulaire tumultueuse, Edmond Simeoni aura également été un militant écologiste
de la première heure et un fervent défenseur de la langue et
de l’identité corses. Il avait d’ailleurs reçu le prix Coppieter
2018, le 24novembre à Ajaccio. Une récompense qui honore
“des individus ou des organisationsqui se sont battus pour ladiversité
culturelle et linguistique, le dialogue interculturel, l’autodétermination,
le droit des minorités, la paix, la démocratie et l’unité de l’Europe”. La distinction
l’avait touché, lui qui, s’il avait pris ses distances avec la politique, portait toujours un regard aiguisé sur les choses du monde en général et des minorités en particulier. Outre l’image de l’homme d’Aleria, bras croisés devant la cave Dupeille, c’est
certainement celle d’un Edmond Simeoni de 80ans, déclamant
un discours vibrant hissé sur le toit d’une voiture à Bastia, le soir de la victoire de son fils Gilles aux élections municipales, que retiendra la Corse.
L’image du Babbu.
Marine STROMBONI

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