France Galle nous a quitté

 

 

Ce n’est certainement pas sa voix qui va manquer aux Français dans les jours, les semaines, les mois à venir. Décédée des suites d’un cancer, France Gall ne chantait plus depuis près de vingt-cinq ans, n’interrompant que très rarement son existence de retraitée entre Paris, la Normandie et le Sénégal, décidant elle-même de réapparaître publiquement, et chaque fois pour promouvoir l’œuvre de son défunt mari Michel Berger ou la sienne (comme en 2015 avec la comédie musicale « Résiste »).

Fin 1994, à l’occasion de la sortie de l’intégrale de ses chansons, nous l’avions rencontrée dans son appartement haut perché du XVIIe arrondissement, pas peu fière de son œuvre devant elle rassemblée sous forme d’un coffret réunissant albums studio et enregistrements en public. Fière, elle pouvait l’être, elle qui était entrée dans le cœur des Français dès l’âge de 16 ans pour ne plus jamais en sortir. Nous lui avions demandé si la scène ne lui manquait pas : « On peut tout à fait ne plus faire ce que l’on a aimé faire passionnément », avait-elle répondu en substance

Blondeur ingénue

Mais depuis vingt-cinq ans, depuis ses adieux à la scène à Pleyel, de son vivant France Gall n’était plus qu’un souvenir. Souvenir de ses premiers pas dans la chanson à l’âge de 16 ans, à contrecoeur, son père l’ayant contrainte à la suite d’un redoublement. Souvenir de sa blondeur ingénue, son personnage de femme-enfant, et son tube fondateur pour la jeunesse, « Ne sois pas si bête », une adaptation par Pierre Delanoë de « Stand little closer », des Américains Jack Wolf et Maurice « bugs » Bower.

Les garçons en tombent fous amoureux, les filles s’identifient. Nous sommes en 1963 et la République à papa est submergée par la vague yéyé. Née Isabelle Gall en 1947, surnommée « Babou » ou « Le petit caporal » en raison d’un caractère autoritaire, France Gall est née dans le milieu de la chanson. On sait que son grand-père était le fondateur des Petits-Chanteurs à la Croix de Bois, quant à son père, Robert Gall, il avait écrit pour les Compagnons de la Chanson, Edith Piaf et bien d’autres. De Robert Gall, Charles Aznavour continue de chanter « La Mamma ».

Parmi les archives qui nous parviennent des débuts de France Gall, il y a l’Eurovision de 1966 avec « Poupée de cire, poupée de son ». A cette époque, la jeune fille est éprise de Claude François. Leur rupture inspirera à ce dernier « Comme d’habitude », l’histoire universel d’un lit défait déserté par l’amour, devenu un standard international en anglais, sous le titre « My Way » et porté par Franck Sinatra. La grande gagnante de l’Eurovision 1966, France Gall, apparaît au côté du quasi-inconnu Serge Gainsbourg dont elle a déjà chanté « N’écoute pas les idoles » et « Laisse tomber les filles », l’auteur de la chanson de la victoire. Un an après, avec la malice et le goût de la provocation, ce dernier fait chanter ses lubriques « Sucettes » à l’ingénue, vexée d’avoir sucé des sucettes à la télé et sur toutes les scènes de France sans en avoir saisi le double sens.

Le nom de Gainsbourg restera encore présent dans le répertoire de France Gall jusqu’en 1968, l’année où la chanteuse commence à tourner en rond et à lasser son public avec ses mimiques et sa voix de femme-enfant. France Gall n’apparaît plus guère en couverture des journaux que pour exposer son idylle avec la vedette de la comédie musicale à scandale « Hair », Julien Clerc, rencontré dans les coulisses du Théâtre de la Porte Saint-Martin. La chanteuse sur le retour supporte mal le succès grandissant de son petit copain. La rupture inspirera à Etienne Roda-Gil « Souffrir par toi n’est pas souffrir », sublime complainte, joyau de l’album « N°6 » de Julien Clerc.

Michel Berger, le mentor

France Gall a déjà rencontré Michel Berger. Ce dernier ne se remet pas de sa séparation d’avec Véronique Sanson, son double en chanson. De France Gall il devient le mentor, il est l’auteur dont elle rêvait. Ils se marieront et auront deux enfants : Pauline et Raphaël. L’ex-idole, qui n’a plus sorti d’album depuis 1968, revient au sommet avec l’album de 1976 signé Michel Berger, paroles et musique. Il contient tellement de tubes qu’on croirait entendre une compilation : « Comment lui dire », « Ce soir je ne dors pas », « Je saurai être ton amie » et surtout « la déclaration d’amour », fondatrice de vie de couple.

Les sommets, France Gall ne les quittera plus. En 1978, elle cartonne avec « Musique » et « Si maman si ». Dans la comédie musicale « Starmania », livret de Luc Plamondon, paroles de Michel Berger, elle incarne Christal, mais le spectacle n’est pas encore culte. Les années 80 s’ouvrent avec « Il jouait du piano debout ». En 1981 elle cartonne avec « Tout pour la musique », « Résiste », « Diégo libre dans sa tête ». 1984 est l’année de « Débranche », « Calypso », « Cézanne peint » et « Hong-Kong star ». Et ça continue en 1987 : « Babacar » et « Ella, elle l’a » en hommage à la voix du jazz américain, Ella Fitzgerald.

La disparition brutale de Michel Berger, le 2 août 1992, marque le coup d’arrêt de la carrière de France Gall. Ils venaient de sortir leur premier et seul album à deux voix « Double jeu », et s’apprêtaient à le défendre sur scène en tournée. France Gall montera seule sur la scène de Bercy en septembre 1993. Sa carrière s’achève prématurément avec un spectacle acoustique à la salle Pleyel et un album de reprises deux ans plus tard. Le public venu l’applaudir à l’Olympia en novembre 1996 a assisté sans pouvoir l’imaginer aux adieux à la scène de France Gall.

La perte de Michel Berger en 1992, un cancer du sein un an plus tard, la disparition de leur fille Pauline à l’âge de 19 ans en 1997, avaient fait basculer la vie de l’enfant gâtée de la chanson dans le drame. La dernière fois que France Gall est montée sur scène, c’était en l’an 2000, quand Johnny Hallyday avait invité France Gall à reprendre en duo la chanson de Berger, « Quelque chose de Tennessee ».