La Chronique de JL Mattei

La chronique de Jean Louis Matteï

Le champignon : Que vient-il faire dans cette galère ? Il vient perturber nos préjugés : Le champignon est problématique. Il n’est ni animal ni végétal ! On le classe dans un règne à part. Cette « chose » est un saprophyte : il a besoin de matière (en décomposition plus ou moins avancée) pour se développer. Ce n’est pas un animal, ce n’est pas non plus un végétal… Les cellules ont des parois comme les végétaux, mais elles n’ont pas de chloroplaste ; le champignon est hétérotrophe : il se nourrit comme un animal ! 

  Voilà le pourquoi du comment il se retrouve dans ces chroniques. Un exemple : leclitocybenébuleuxd’abord Agaricus puis Clitocybe puis Gymnopus puis Clitocybe puis Lepista puis à nouveau Clitocybe, encore appelé gris de sapin, petit-gris des sapins ou mousseron d’automne. Ce champignon a donc changé plusieurs fois de genre… Difficile, parfois, de s’y retrouver, surtout que rares sont les cueilleurs de champignons qui savent les noms latins, les seuls noms officiels ! Donc prudence… Pendant des siècles et des siècles, de l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, les champignons ont été considérés comme des plantes. Et puis, brusquement, au milieu du XXe siècle, en 1969 pour être exact, ils ont été exclus du règne botanique. Les champignons seraient donc des animaux ? Non plus. Ils ont un peu des deux, mais pas assez pour en faire partie. En fait, il a été créé un nouveau règne rien que pour eux. On pourrait croire qu’au XXIe siècle, la classification systématique des êtres vivants en règne, ordre, espèce, etc. est enfin terminée. Eh bien, on n’en est pas encore là, et bien des zones d’incertitudes demeurent tant certains êtres vivants résistent farouchement à cette manie humaine de l’étiquette. La taxinomie, la science du classement et de l’appellation des différents êtres vivants, reste bel et bien pour les scientifiques de tout poil un champ de bataille.  La plus amusante caractéristique de leur classification du temps où ils étaient des plantes, c’est qu’on les définissait par ce qu’il leur manquait pour être de «vraies» plantes. Dès le IVe siècle avant notre ère, Théophraste (qui veut dire «le divin parleur»), philosophe et naturaliste grec, inventeur d’une des premières classifications des plantes estime que «le champignon et la truffe, à la différence des autres plantes, n’ont ni racine, ni tige, branche, graine ou fleur». Carl von Linné, le grand naturaliste suédois du XVIIIe  siècle, auteur d’une classification sur laquelle repose encore en grande partie la nôtre, place les champignons, moisissures, fougères et algues parmi les plantes. Ce qui va chambouler cette affaire, ce sont les études microscopiques, puis cellulaires et biochimiques. On découvre que les champignons se sont bien moqués des savants. Leurs caractéristiques biologiques sont tout sauf végétales. Par exemple, si les cellules de champignon ont bien une paroi, elle n’est pas faite de cellulose comme chez les plantes, mais de chitine, une substance présente chez les insectes et les crustacés. Autre exemple, les champignons ne stockent pas leurs réserves sous forme d’amidon, mais sous forme de glycogène, comme les animaux. De plus, ils n’ont pas de chlorophylle, ne peuvent donc pas utiliser la photosynthèse, et doivent se nourrir de manière organique. Comme les animaux.

 Est-ce ainsi que sont les champignons (gnon ! gnon !) ?

J-L M.

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