La chronique de JL Mattei dans l’echo

La chronique de JL Mattei


LA GRENOUILLE DES BOIS. (LITHOBATES SYLVATICUS).
Lithobates sylvaticus, la grenouille des bois est, avec trois autres espèces de grenouilles : Pseudacris crucifer, Hyla versicolor et Pseudacris triseriata l’un des bestiaux qui peuvent survivre pendant plusieurs semaines congelées avec 65 % de leur eau corporelle transformée en glace. Et ceci jusqu’à des températures descendant à −8 °C et moins. Ce qui n’en fait pas pour autant des desserts glacés ! À cette température, elles ne respirent plus, leurs cœurs sont arrêtés et leurs pattes sont cassantes comme du verre. Inutile d’aller à Murano pour vous procurer des grenouilles de verre qui se briseront au cours du transport ! Apprenez à vos grenouilles l’auto-congélation !
Cette congélation partielle n’est possible que grâce à la présence d’éléments cryo-protecteurs (protecteurs du froid) comme le glucose (sucre) et le glycérol (aussi laxatif à haute dose, faiblement diurétique) qui vont permettre de préserver les organes vitaux de la grenouille. Ainsi, la glace ne se forme ni dans les cellules ni dans les organes, mais dans la cavité abdominale, entre la peau et les muscles. Ceci permet à la grenouille de se réveiller sans dommages quand la température remonte. Sinon le réveil pourrait la surprendre… La fabrication du glucose dans le foie à partir du glycogène (Le glycogène est un glucide complexe, polymère du glucose.) ne se déclenche que lorsque la peau de la grenouille commence à geler. Lorsque les températures remontent, le glucose est rapidement transformé en glycogène pour éviter à la grenouille les effets néfastes qu’un excès de glucose pourrait présenter à des températures plus élevées. Ce qui est plutôt malin !
Soumises au climat glacial de l’Alaska, certaines grenouilles peuvent rester entièrement gelées pendant deux mois. Alors que cela tuerait la plupart des animaux, des chercheurs ont constaté que toutes les grenouilles qu’ils surveillaient sont revenues tranquillement à la vie avec le printemps. Quelle idée aussi d’être un animal à sang froid et de vivre en Alaska ! Les grenouilles des bois (Lithobates sylvaticus) ont beau paraitre petites et fragiles, elles cachent des capacités étonnantes qui leur permettent de survivre aux rudesses du climat septentrional de leur habitat. Peut-être faudra-t-il étudier la chose pour faire face aux tempêtes glaciales du Mistral hivernal ! Vous imaginez le truc : Les résidents congelés se réveillant seulement au printemps avec les fleurs du caillou…Quelles économies de chauffage !Ces petits amphibiens sont en effet capables de geler entièrement et, surtout, de se réveiller quand le climat s’y prête. C’est bien plus qu’une hibernation : tous les organes de la grenouille se gèlent et l’animal se retrouve dur comme de la glace. Je l’ai dit. Si leurs cousines du sud du Canada ne survivent généralement pas au-delà de -7°C et deux mois de gel, on retrouve des grenouilles peu frileuses dans des zones arctiques où la température descend à -20°C et reste en dessous de zéro la moitié de l’année. Dans la nature, ces grenouilles restent gelées pendant une moyenne de 193 jours, avec une température qui est descendue jusqu’à -18 degrés. Toutes survivent. Rien que d’y songer, je grelotte ! Quand je pense que ma copine m’a offert un manteau en peau de lapin angora…
Est-ce ainsi que les bêtes sont ?
J-L M.