La rubrique de Jean Louis Mattei

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    Greta oto : C’est un papillon.

Un lépidoptères de la famille des Nymphalidae (à chenilles épineuses) qui, sous sa forme adulte de papillon, a la particularité d’avoir des ailes transparentes. Son envergure varie entre 5,6 et 6,1 cm. On le trouve du côté du Mexique et de Panama. En Espagne on l’appelle espejitos – petits miroirs –  les anglais le nomme Glasswing .    L’animal butine des fleurs communes comme tout un chacun quand vous butinez. Mais il pond ses œufs sur des plantes tropicales toxiques telles que le jasmin de nuit. Les chenilles, sont rouges et violettes à rayures, style pyjama sympa. Elles se nourrissent de toxines et stockent les alcaloïdes végétaux dans leurs tissus. Ainsi à son tour l’animal devient toxique pour ses prédateurs (oiseaux). Cette toxicité acquise à l’état larvaire perdure chez le papillon adulte. Les mêmes alcaloïdes végétaux (et toxiques) sont convertis en phéromones par les mâles pour attirer les femelles.

       La ruse suprême ! Vous imaginez le truc : Un matin vous vous parfumez au cyanure et dans la journée, par quelque mystère elles sont toutes à vos pieds !   Bien sûr l’animal n’est pas facile à repérer en raison de la transparence de ses ailes  qui sont un instrument naturel de camouflage. Ses ailes translucides brillent sous les rayons du soleil comme des panneaux de verre polis. Elles réfléchissent des couleurs turquoise, orange, vert ou rouge. La présence de ce papillon aussi beau que rare est une preuve de la qualité de son biotope. Par ailleurs, de sérieuses études scientifiques ont démontré que Greta Oto est le seul être vivant capable de changer sa structure génétique lors de sa transformation : l’ ADN de sa chenille étant complètement différent de celui du papillon. Ainsi la police scientifique serait totalement égarée si ces chenilles dévalisaient une banque… Ce Fantôme de la forêt  parcourt une moyenne 12 km par jour lors de  migrations quotidienne. Remarquons que les banques sont rares en forêt.   Ajoutons qu’une équipe allemande (du Karlsruhe Institut für Technologie)  s’intéresse aux ailes du bestiau. Elles ne reflètent pas la lumière car elles possèdent une nanostructure de surface irrégulière. Elles ne reflètent pas plus de 2 à 5 % de la lumière incidente quel que soit l’angle sous lequel on les regarde. Un phénomène qui s’étend au-delà du spectre du visible puisqu’il est également valable dans l’infrarouge et dans l’ultraviolet. C’est le résultat des nanostructures de ses ailes qui ont entre 400 et 600 nanomètres ( un milliardième de mètre) de haut. Elles sont disposées de manière totalement irrégulière (entre 100 et 140 nanomètres d’espace entre deux colonnes). Dans un domaine où, habituellement, l’ordre prime, c’est le chaos qui a pris le dessus.   Cette particularité pourrait servir à développer des applications utiles à l’Homme, notamment dans le cadre du développement de surfaces antireflets. Qui n’a jamais été agacé par l’affichage illisible de son téléphone portable en plein soleil ou dérangé par des reflets gênants dans ses lunettes de vue ? Ce type de surfaces a d’ailleurs d’autres avantages puisque ces nanostructures irrégulières s’avèrent également imperméables et autonettoyantes.

Est-ce ainsi que les bêtes sont ?   J-L M.

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