LE FANTÔME DU SOCIALISME

Le fantôme du socialisme

Près d’un tiers des Français adhèrent à des idées socialisantes, socialistes ou sociales-démocrates, comme on veut. Mais le PS tourne autour de 5% dans les intentions de vote. Cherchez l’erreur… La Fondation Jean-Jaurès, qui vient de scruter les reins et les cœurs des sympathisants, ou ex-sympathisants du PS, se garde de pousser trop loin dans cette direction : ce serait sans doute trop désagréable. Mais le diagnostic qu’elle livre est éclairant : elle met en évidence un espace politique compris entre Mélenchon et Macron qui regroupe, sur le papier, des millions de gens. Mais elle ne décèle rien ni personne, à ce stade, qui l’incarne. Une nouvelle fois, face à ceux qui confondent sociologie et politique, qui croient que les forces partisanes reflètent mécaniquement les forces sociales, «l’autonomie de la superstructure», en jargon ancien, c’est-à-dire la force créatrice ou destructrice de la politique, se confirme, au-delà des soi-disant déterminismes de classe.

Au fil des déconvenues des dernières années, ceux qui se sentent proches du PS sont passés de 22% de sympathisants à 9%. Chiffre catastrophique ? En comparaison dans le temps, assurément. Mais en regard des autres forces politiques, beaucoup moins : LREM se trouve à 14%, le Rassemblement national à 11%, et La France insoumise, qu’on présente comme la principale force d’opposition à gauche, au-dessous du PS à 7%, tout comme Benoît Hamon et son mouvement Génération.s, à 4%. Autrement dit, il existe un champ électoral potentiel indiscutable pour une force politique socialiste. Ce qui manque, ce sont des leaders capables de le cultiver. Ils sont divisés, dispersés, affaiblis, effacés ou inexistants : là est le problème.

Faut-il aller plus à gauche, comme un réflexe militant le préconise à chaque crise ? Pas sûr : contrairement à l’antienne entonnée par les frondeurs en leur temps, les sympathisants proches des idées socialistes sont certes libéraux en matière de mœurs, attachés aux questions sociales et aux services publics, mais tout autant soucieux de laisser aux entreprises la liberté de se développer et d’investir. De la même manière, ils sont attachés à l’Europe telle qu’elle est, même s’ils la souhaitent plus sociale, et favorable au libre-échange (avec une régulation, bien sûr). Nul étatisme, nul souverainisme dans leur ADN politique.

Au fond, ces électeurs en déshérence croient toujours à une économie de marché corrigée par des impératifs de justice sociale, tout autant qu’à un internationalisme de coopération et de régulation. Ce qui manque ? Trois choses, au fond : une doctrine rénovée ; des leaders crédibles ; un rassemblement des forces éclatées façon puzzle entre Mélenchon et Macron. Le socialisme existe toujours, mais en filigrane, comme un fantôme qui cherche un corps. Le Verbe est là, mais non la Chair. La route est toute tracée. Mais Dieu qu’elle est longue !

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