Le proc dans la tourmente

l’ex procureur de la république de Papeete dans la tourmente

 

     La carrière de Jean-Pierre Dreno n’est pas un long fleuve tranquille. De Papeete à Perpignan, il a laissé derrière lui une image trouble et controversée. Aujourd’hui en fonction à Monaco, les affaires le concernant se multiplient et signent une fin de parcours houleuse pour ce haut magistrat.

Triste record…

En moins d’un an, le procureur général de Monaco a été cité à comparaître deux fois devant les tribunaux. Une telle performance pourrait entrer dans le livre des records ! En avril 2014, Jean-Pierre Dreno était convoqué à la barre du tribunal de Monte-Carlo pour « violation du secret de l’enquête », et s’il a été relaxé, il n’en reste pas moins que l’affaire a secoué le  Rocher. En effet, voir le plus haut magistrat de la Principauté de l’autre côté de la barrière était une grande première… !

En février 2015, il était prié de se présenter au tribunal de Perpignan comme témoin dans le procès de l’affaire Bouille, du nom de cet ancien maire accusé de corruption et décédé en prison en 2009, après une instruction très contestée par les avocats de l’édile. Le procureur ne s’est pas présenté à l’audience mais a condescendu à témoigner par vidéoconférence, néanmoins il a refusé de prêter serment : « Je ne souhaite pas prêter serment, […] en quarante ans de carrière, je n’ai jamais été cité comme témoin, c’est inédit dans l’histoire de la justice[i]. » a-t-il déclaré lors de l’audience.

Monsieur 5000 Francs

Avant Perpignan, le plus haut fait d’armes de Jean-Pierre Dreno est son rôle dans l’affaire du Rainbow Warrior. En poste en Polynésie française à l’époque de cette histoire rocambolesque, c’est lui qui avait ordonné de saisir le bateau de Greenpeace. A Papeete, il s’est également forgé une réputation d’homme à poigne en réprimant sévèrement les manifestants qui défilaient contre la reprise des essais nucléaires dans l’atoll. Mais c’est surtout son manque de probité qui a marqué les Papeetiens qui l’avaient surnommé Monsieur 5000 Francs !

Une carrière brisée sur le Rocher   Lors de l’affaire Bouille, alors qu’il était soupçonné d’avoir couvert des pratiques condamnables de la police, Jean-Pierre Dreno avait déclaré à des journalistes : « Je ne suis pas directeur général des pompes funèbres et je ne suis pas là pour enterrer les affaires. Ce serait la négation même de mon travail. J’essaie de ne pas voler mon salaire à la fin du mois.[ii] »A Monaco, le Procureur ne vole pas son salaire et n’enterre pas les affaires, bien au contraire. La dernière saga en vogue dans la Principauté, qui oppose deux hommes d’affaires : l’oligarque russe, Dmitri Rybolovlev, au marchand d’art genevois Yves Bouvier, le prouve.D’après le journal suisse le Temps[iii] : « il est aussi judicieux de s’intéresser au profil de la prétendue victime, Dmitri Rybolovlev. Il est de plus en plus fréquent de voir des collectionneurs se retourner contre les intermédiaires et les vendeurs lorsqu’ils constatent que le marché de l’artiste – dont ils viennent d’acquérir les œuvres au prix fort – s’écroule. Cette pratique se développe énormément et on l’observe particulièrement chez les collectionneurs russes.» Or Jean-Pierre Dreno ne s’est pas interrogé et à mis Yves Bouvier en garde à vue et en examen dans une affaire qui pourrait être considérée comme un simple différent commercial. Pourquoi ? A Monaco, il est de notoriété publique que le procureur et l’oligarque se connaissent bien, certains proches de l’histoire se demandent même si ce dernier n’offrirait pas au procureur un complément de salaire à la fin du mois… Cette nouvelle affaire arrive après celle de l’appartement du haut magistrat acheté dans des conditions très avantageuses et plus que troubles à un italien au passé sulfureux. La fin de carrière de Jean-Pierre Dreno se brisera-t-elle sur le rocher… La roche tarpéienne est près du Capitole !

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