L’éveil de la sexualité chez les jeunes « Les préliminaires «

L’éveil de la sexualité chez les jeunes « Les préliminaires « 

   Ils sont, là, avouons-le, “un peu flippés “.Elsa Lafitte,22ans,etNicolas Kahn,25ans,en5e année de médecine, animent ce matin de mai leur première séance d’éducation à la santé sexuelle auprès de lycéens. En l’occurence la 1ereES de Victor-Hugo(3e), à Marseille, un établissement fréquenté par des jeunes venant de quartiers très modestes de la cité phocéenne. Comme lui, trente collèges et lycées à Marseille reçoivent ainsi chaque année la visite de l’équipe de l’AP-HM, bâtie en 2007 par le PrFlorence Bretelle, gynéco-obstétricienne et le Dr Marie-Christine Pelissier, cytogénéticienne, vice-présidente du Planning familial. “En Paca, nous avons l’un des taux d’IVG parmi les plus élevés de France, les IST sont en hausse et d’une façon générale, on note chez les jeunes une méconnaissance des risques, explique la première, dans son bureau de l’Hôpital Nord. Or, l’éducation à la santé sexuelle est un échec ou inexistante en milieu scolaire. Il ya11 ans, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Et que les plus à même de parler de sexualité avec des jeunes, c’était… d’autres jeunes.” Pas comme de bons potes, juste comme desexperts moins intimidants. 250 étudiants en médecine comme Elsa et Nicolas, sont chaque année volontaires pour suivre une formation complémentaire de 30h leur permettant de s’adresser aux ados. Un projet à l’avant-garde du futur service sanitaire qu’entend généraliser le gouvernement à la rentrée partout en France. Coordinatrice du projet, Sophie Mariotti est ce matin à Victor-Hugo pour veiller sur ses nouveaux volontaires. Pas si simple de se présenter devant trente garçons et filles de 16 ou17ans pour parler, sans chichi, mais avec précision et une nécessaire pointe d’humour, contraception, infections sexuellement transmissibles, VIH…Mais aussi, selon les interrogations des ados, masturbation, sodomie ou fellation. Ne pas juger, ne pas encourager ni décourager, l’équilibre est casse-gueule: “On n’est pas là pour parler de notre sexualité, mais de sexualité” ,a bien compris Elsa. Infirmière au sein de l’établissement, Cécile Menguy salue la “motivation” de certains enseignants à aborder les questions liées à la sexualité. “Mais malgré tout, des choses restent mal assimilées, cette intervention est donc utile” , juge-t-elle aussi. La séance commence en mixte, avant de se s’achever en deux groupes, les garçons avec Nicolas d’un côté, les filles avec Elsa de l’autre. À l’aise partout, Sophie n’a pas son   pareil pour dédramatiser. “Les capotes, comment on fait si elles sont trop petites, euh, en largeur?” lui demande un garçon. Sans sourciller, elle glisse ses deux poings serrés dans un préservatif, qui résiste sans peine. “Je crois que tu peux être tranquille…” ” Quelqu’un peut-il me dire à quoi servent les préliminaires ?” Un garçon se lance: “À faire monter la chaleur.” Sophie, placide: “Pour ça, il y a des radiateurs. La lubrification, vous savez ce que c’est ?” Derrière chaque question, maladroite, bravache ou bizarre, il y aun message à faire passer, une angoisse à identifier, une méprise à rectifier. Ainsi, personne ne juge le visionnage du porno au sein de l’équipe. “C’est interdit d’en regarder avant 18 ans, mais on n’est pas là pour vous surveiller.” Juste pour poser ce qui tient du spectacle, des modèles proposés, des stéréotypes. Car chez ces garçons au tout début de leur sexualité, ces images accentuent encore la “pression” ,un “stress de la performance” . Silencieuses en groupe mixte, les filles se lâchent dans la deuxième partie de la séance. Et si certaines sont bardées de connaissances, d’autres semblent gentiment dégringoler d’une autre planète: “Quand un homme est enceinte, ça se passe comment ?” questionne ainsi l’une. “On voit surtout chez elles une méconnaissance totale de leur anatomie”, constate en aparté Sophie .

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